« Mais, mais voir un ami qui est mal…!»
(Chroniques d’un voyage - Blog-notes N° 42)
On le redoutait, mais on n’y croyait jamais vraiment. Qu’un jour il pourrait nous quitter. Cela peut arriver aux autres, pas à lui! Puis, début Janvier: patatras! De leur domicile budapestois, sa femme, Krisztina, appelle Ninon à Londres, pour lui annoncer que Pichta a eu un infarctus et est à l’hôpital. Ninon me passe un coup de fil aussitôt, chez moi à Paris. Depuis, on s’appelle chaque jour, pour se dire tout ce qu’on sait de lui, Kemény Istvàn. Notre aîné d’une dizaine d’années, il avait été prof dans le fameux lycée «Apàczai», en ’48-’49, avant de devenir l’Ami pour la vie. Depuis que je séjourne à Pest (*) je le visite le plus souvent possible. Je suis pas à pas sa lutte contre la ‘camarde’, en supporter anxieux. Il avait été tout pour moi, qu’un ami peut être. Soutien, conseil, oracle, confident. Pas «copain» car la relation «prof–potache» avait perduré entre nous, ce qui renforçait davantage nos liens d’amitié. Opposé à la dictature, condamné après ’56, libéré 4 ans plus tard, sociologue éminent, il conduit des études sur la pauvreté en Hongrie parmi la minorité tsigane. «De la pauvreté chez nous?! Balivernes!» Le pouvoir lui suggère «l’exil volontaire». Il débarque à Paris en 1976. L’on ne se quitte plus guère depuis. Je l’héberge d’abord dans la maison où j’habite. Ensuite, quand il est rejoint par sa femme Krisztina, je les aide dans tous leurs déménagements: rue Mayet, rue du Sabot, rue du Général Estienne, rue d’Hautpoul. On se voit régulièrement, je puis m’occuper d’eux même à Barcelone où ils passent en touristes, au moment d’un tournage TV que je supervise là-bas… En 1991 je le ramène en Hongrie en voiture. Il y occupe de postes importants jusqu’à sa retraite… Je m’accroche à l’ardent espoir qu’il réussira son combat et lui dis: «Pichta, ne nous quitte pas!»
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*je vous en prie: prononçons Pechte, merci!