L’Hermite de la Butte du Soleil
(Chroniques de voyage – Blog-notes N°43)
Laissez-moi vous présenter l’endroit où je m’abrite quand je suis dans cette ville. C’est un havre de paix, calme, solitaire et rassurant à proximité immédiate du kilomètre « 0 » à Buda, sur la Rive Droite du Danube. En plein centre de la capitale, et pourtant l’on y est tout à fait isolé du maelstrom qu’est cette grande cité bruyante, grouillante, abrutissante. Mes 27 m2 donnent sur un grand jardin dont la partie en face de mon logis m’appartient «par droit d’usage». Quartier «chic» jadis, les «chers camarades» se l’ont approprié à souhait. Leurs progénitures font à présent de juteuses affaires en revendant le patrimoine d’autrui sur lequel leurs vieux ont mis main basse. Les prix grimpent allègrement. Par chance, il y a une quinzaine d’années des amis m’ont cédé, pour une bouchée de pain, trois pièces minuscules, anciennement buanderie et débarras que la municipalité avait mises à leur disposition. J’en ai fait un «chez moi» de «passage» sans fioritures. La plupart des propriétaires de la dizaine d’appartements sont des Hongrois expatriés. L’immeuble, d’une splendeur révolue, est délabré, pareil au voisinage. Le jardin est laissé à l’abandon. Mais ça ne fait qu’ajouter à son charme: herbes folles, buissons poussant à leur fantaisie, arbres centenaires se déployant à la diable vous cachent du monde extérieur. Enclin par nature à la méditation, je me sens bien dans ce décor ‘Songes d’une Nuit d’Eté’. Et tout ça se trouve au faîte d’une hauteur que les autochtones ont affublée de l’appellation quelque peu fallacieuse du «Mont» du Soleil, que je vous désigne, plus modestement, «Butte» et d’où, par endroits, on a des vues superbes sur Pest (*) qui s’étale, sensuel, sur la pleine de la Rive Gauche. Regardez-moi, confortablement installé dans mon rôle de « l’Hermite de la Butte du Soleil ».
* Vous le savez déjà : ce nom se prononce « Pechte » … !