Que sont mes amis devenus ?
(Blog-notes N° 32)
«Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus et tant aimés ? Ils ont été trop clairsemés, je crois, le vent les a ôtés» Cette complainte du 13ème siècle, écrite par Rutebeuf, poète «maudit» et ressuscitée par Léo Ferré, résume ma vie. L’amitié avait une importance primordiale le long de mon existence. Avec du recul, je la crois supérieure à l’amour. L’amitié signifie à la fois dévouement, désintéressement, don de soi. Si l’amour est souvent synonyme d’égoïsme, l’amitié évoque la générosité, sentiment noble, dépourvu de lucre. Loin d’être un «macho», le mot «amitié» n’existe pour moi qu’en «masculin». Je ne puis envisager cette relation qu’avec un homme, toute ambiguïté absente. L’amitié est précieuse. Cette affinité entre deux êtres est d’autant plus solide qu’elle est rare. Vivace parce qu’elle ne veut rien, n’a besoin de rien, est prête à tout donner. Des années peuvent passer sans que sa fraîcheur ne se fane. Georges Brassens fut un ardent apôtre de ce «sentiment virile» qu’il magnifia dans «Les copains d’abord», entre autre:«C’est l’amitié qui prenait le quart, C’est elle qui leur montrait le Nord…les copains d’abord!» Hélas, avec le temps, ils ont, les copains, la mauvaise habitude de partir:«Quand l’un d’entre eux manquait à bord, c’est qu’il était mort. Oui, mais jamais... son trou dans l’eau ne se refermait, Cent ans après, coquin de sort ! Il manquait encore!» Par la seule présence d’un «pote», la solitude «fout le camp». Et tant pis si quelques «faux frères» se manifestent, des fois, et nous jouent leur «sales tours», à nous trahir pour quelques sous, quelque avantage dérisoire. L’amitié n’en demeure pas moins une des pierres précieuses des plus exquises du genre humain.