In memoriam René Gauthier
Imaginez quelqu’un aux yeux plissés pétillant de malice. Le visage rondouillard éclairé en permanence par un brin de sourire. Difficile d’en deviner la nature. Il est amène dans sa façon de vous traiter. On ne sait pas «sur quel pied danser»avec lui, mais il vous met à l’aise. C’est un «noctambule». Sa bouteille, «René» dessus, l’attend dans une douzaine de «boîtes» à la mode. Il est réputé avoir tenu le bar au fameux «Whisky à Gogo». Son bagout est truffé de bons mots irrésistibles de son cru. Il les répète sans cesse, mais ne les rend ni fades ni usés. Au cours d’une discussion sérieuse, il vous dit subitement:«Tu dis ça parce que tu es en colère». Il vous prend à contre-pied et vous fait rire. Il affirme que telle chose présente un «caractère différentiel».Vous ignorez si c’est de l’art ou du cochon mais ça sonne drôle. Derrière ses attitudes fantasques et déroutantes, de la générosité. (Embarrassé par l’urgence et la nécessité d’un voyage imprévu, je lui en fais mention. Pour toute réponse il me tend les clés de sa voiture neuve puissante et prend celles de ma petite Fiat 600). Sous l’incessante rigolade, du sérieux: ayant été dans l’Armée de l’Air (FFL!) dans sa prime jeunesse, il reste excellent pilote. Il me propose de l’accompagner à Fréjus sur son «Nord Alpha»pour aller chercher un ami bloqué à St Trop et le ramener à Paris. On est en mai 1968. Le pays est paralysé par les grèves. Au retour, au-dessus de Sisteron, le mauvais temps tire un rideau de brouillard devant notre nez et, sans sa maestria, je ne serais pas là pour vous en parler. René, c’était tout ça, pêle-mêle. Il nous a quitté, il y a un bon moment déjà, suite à une série de malheurs. Mais un homme de sa trempe reste un «trompe la mort»: son souvenir est plus tenace que la «camarde».