J’ai une amie très chère. Elle a toujours conservé la qualité d’«amie», sans consentir à y ajouter un autre adjectif, malgré quelque insistance de ma part. Je m’y suis résigné afin de ne point la perdre, tant je tenais à cette amitié, si rare entre personnes du sexe opposé. Dans sa fonction d’amie elle s’est révélée d’une fidélité sans faille. On s’approche du vingtième anniversaire de notre rencontre. Cela sera, voyons… mais si ! Après demain 29 février ! Vingt ans déjà, comme le temps file! Cependant, un instant: on est en année «bissextile», 366 jours contenant un 29 février qui revient généralement tous les quatre ans. Je puis donc prétendre n'avoir fait sa connaissance qu'il y a cinq ans, si je divise 20 par 4 ! Malgré ma modestie, j’affirme avoir fait, à l’instant même, une découverte considérable. Elle pourrait bouleverser les actes civiles: ceux nés un 29 février et qui de ce fait se voient privés de leur jour anniversaire de naissance trois années sur quatre, pourraient exiger des indemnités en dommages intérêts pour des manques à gagner considérables. Pensez aux cadeaux en nature ou en argent comptant supprimés trois années sur quatre ! Sans parler des conséquences scientifiques qui pourraient résulter du changement de mesures du temps écoulé; même la formule d’Einstein pourrait être remise en question! Une idée interrompt mes réflexions enthousiastes: si l’on me faisait rajeunir de la sorte, j’aurais 18 ans d’âge reconnu et je serais privé illico de ma pension de retraite…Quel serait mon avenir? Allons, soyons raisonnables: mettons que je n’ai rien dit. A votre tour, vous n’avez rien entendu ! Tenons l’incident pour clos !