Raymond Devos qui sut diluer l’Absurde dans la Poésie, dit un jour: «mon chien c’est quelqu’un». Qu’il me pardonne, si, au lieu de dire : « mon ordinateur portable c’est quelque chose », j’affirme, en le plagiant: «mon lap-top c’est quelqu’un !». Car il y a entre nous d’étranges relations qui se tissent. Nous passons de plus en plus de temps ensemble. Il prend presque la place du Confesseur de mon enfance Il devient mon confident, le dépositaire de mes rêves, mes secrets voire mes fantasmes. On fait nos promenades ensemble. Je le protège du froid, de la chaleur. On passe de longs moments sur des bancs publics, comme des amoureux. Je remarque même que, par effet de mimétisme, je commence à me comparer à lui. Je découvre à quel point nous avons des traits en commun. Mais ce qui m’inquiète: les comparaisons sont le plus souvent favorables à lui. Il est constant, il a de la patience, il est capable de concentrer son attention sur plusieurs sujets à la fois. Mais sa plus étonnante qualité, c’est sa mémoire prodigieuse! Pas moyen de le défier là-dessus! En outre, c’est un compagnon agréable, amusant. Il joue aux échecs comme pas deux. Et poli, avec ça : à chaque «mat!» il me dit «Sorry!», en anglais ça signifie qu’il le regrette. Mais oui, parce que je ne vous ai pas dit qu’il était, en plus, polyglotte! Il parle je ne sais pas combien de langues! Ne vous étonnez donc pas si je l’admire. Je ne le quitte plus d’un pas. J’essaie d’être prévenant avec lui. Au restaurant, quand je lui commande son plat, le garçon me regarde d’un drôle d’air. Lors de mon dernier voyage en avion j’ai exigé qu’une place complémentaire lui soit attribuée ! A l’atterrissage, on m’a transporté ici et on nous a séparés. J’espère qu’ils l’ont mis dans une chambre particulière au moins!