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Ticket du jour (in memomiam Germaine Bertin)

        Je ne peux plus lui envoyer de carte ni de lettre. On ne la trouve plus rue Maréchal Foch, à Nice. Sur les bords du Rhin non plus, là-haut, dans le nord, où l’on s’est connu naguère. Germaine n’est plus là. La douleur est physique, qui me larde le cœur à cette pensée. Quelle place majeure qu’elle tenait dans ma vie, depuis les temps où notre amitié a vu le jour! Pendant mes deux ans strasbourgeois elle avait connu ma famille, ma mère, mon frère, même mon père, quand il est venu nous voir quelques jours. Couturière, elle travaillait à la maison, vivait en célibataire et choisissait ses amants, parmi les anciens de la Légion Etrangère, qui avait un foyer en ville. Une quinzaine d’années plus tard elle quitta Strasbourg pour Nice. Fatiguée d’habiller les Alsaciennes «aux bas reins», selon son calembour, sur un coup de dé elle mit son dé à coudre au service des dames de la Côte d’Azur. Sans un sou devant, elle réussit sa réimplantation audacieuse. De Paris je descendais régulièrement la voir. Je lui tenais compagnie à l’atelier. Elle m’écoutait volontiers chanter, en grattant ma guitare, mes auteurs préférés, surtout du Brassens. Une fois j’ai entonné «La Tondue», l’histoire, en 1945, des femmes ayant eu la tête rasée, pour avoir couché avec «l’ennemi». Dès les premiers vers Germaine cessa son travail, les yeux écarquillés, écoutant les paroles d’une attention intense. Quand j’eus fini, je m’aperçus que des larmes silencieuses lui mouillaient les joues. Je ne l’ai jamais vue pleurer auparavant. Un long silence s’en suivit. Puis, le regard perdu, elle me conta l’histoire de son unique amour. A Lyon, pendant l’Occupation, elle connut, infirmière, un médecin militaire Allemand à l’hôpital où elle travaillait. En ’45, elle fut rasée elle-même, devant une foule déchaînée…

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M
les larmes me coulent des yeux,<br /> je revois ces moments près de la porte d'entrée des débuts d'après midi en attendant que le soleil descende pour aller ploufler dans la méditérannée.<br /> Si je revois Nice un jour mon coeur sera serrée...
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