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Demandez le programme, le programme de la soirée!

               Demandez le programme, le programme de la soirée, 
                                        demandez le programme !

 

            Est-ce qu’elle vous rappelle quelque chose, cette phrase ? Non ? Réfléchissez un peu, si vous fréquentez les salles de spectacle, vous l’aurez entendue mille fois.  Eh bien, c’est ça : c’est la phrase qui vous accueille, en franchissant le seuil du vestibule ; une jeune fille, ou un garçon, debout, un paquet d’imprimés sous le bras et, dans la main, une feuille pliée en deux, ou un cahier grand format, imprimé en couleurs vives, qui la répète, sans arrêt, en automate : « Demandez le programme… »

            C’était au début des années ’60, au coin du Boulevard des Italiens, dans le quartier de l’Opéra, au Théâtre Gramont, où je scandais cette antienne peut-être une centaine de fois chaque soir, à partir de 20 heures 15, pendant une quarantaine de minutes, jusqu’ au début du spectacle. Je me tenais sur la plus haute marche du large escalier par lequel les gens descendaient vers le sous-sol ou les ouvreuses les attendaient des deux côtés du vestiaire, pour les guider vers leurs places dans la salle. En face du vestiaire s’allongeait le comptoir du bar où je me retirais pour établir la fiche des programmes vendus, ranger l’argent encaissé, après en avoir retiré mes gains qui restaient en surplus du prix réel des fascicules. Ensuite je me mettais à préparer le bar pour le rush de l’entracte à une bonne heure plus tard. L’argent des programmes, avec la recette du bar, je devais le remettre à Madame Castagne, l’administratrice, en fin de soirée.

            Je suis arrivé dans ce théâtre une année auparavant.  Boursier au CERT, le Centre d’Etudes de la Radio Télévision (dont le directeur était le redouté Bernard Blin), j’ai pu décrocher au Dispensaire Universitaire, rue de la Harpe, une « Carte Médico-sociale » avec laquelle je déjeunais au « Restau U  Médico-social » de la rue de l’Abbaye. Moyennant 1 franc 20 (120 anciens francs, le prix de 2 tickets de métro), j’avais droit à un véritable festin cinq fois par semaine. Moi, j’ai été jugé éligible au droit d’avoir ma carte à cause de la maigreur extrême de mes 28 ans. Mais il y avait, parmi mes camarades, des garçons ayant des problèmes gastriques réels et un appétit faible qui allaient avec. C’était des tables à 4 personnes et on nous servait quatre portions de tout, dans des gros plats en acier inox. Ayant un appétit féroce, je faisais disparaître les deux ou trois parts que mes copains laissaient presque à chaque fois au fond des plats. Tel un de mes voisins réguliers, un certain Roger Vial, en troisième année à l’Ancienne Faculté de Médecine, rue de l’Ecole de Médecine, à deux pas de là. On avait l’habitude de prendre notre café au Vizir, rue Bonaparte. Un jour, Roger me demande : « Cela te dirait de bosser comme machiniste, au théâtre ? » « Et comment donc ?! Où ça ? » « Je tiens le bar au Théâtre Gramont et un de leurs machinistes a eu un accident ; ce serait pour tout de suite, ce soir même. »

            C’était « Un certain Monsieur Blot », d’après le bouquin de Pierre Daninos, mise en scène par René Dupuis, avec Michel Serrault, pas très connu encore, mais excellent déjà, dans le rôle de  Monsieur Blot. C’était un succès, ça marchait très fort. La salle n’était pas très grande, la scène minuscule, guère plus de 5 mètres sur 4. Et il y avait 64 changements de décors en deux heures de spectacles, sans rideaux, et chaque changement se faisait dans le noir. On n’avait, à deux, que 3 ou 4 secondes, pour enlever ce qu’il fallait et mettre à la place la suite. Ce n’était pas de la tarte, il fallait y aller recta. Cela a marché du premier coup, (je n’était  pas homme de théâtre pour rien) et j’ai eu le boulot. Ce n’était pas très bien payé, mais pratique puisque ça laissait la journée libre ; et j’en avais besoin parce qu’on venait d’aménager avec la future maman de ma (future) fille. Elle était en seconde année au Conservatoire de Paris, dans la classe de Robert Manuel. De l’argent, on n’en avait pas des masses.

            Par la suite, Roger Vial a abandonné son poste de barman et j’ai pris sa place. C’est alors que la vente : « Demandez le programme…Le programme de la soirée…Demandez le programme ! » avait commencé pour moi. Au début, la timidité m’empêchait de pousser ma voix, je n’osais pas regarder les gens bien en face. Puis l’assurance est arrivée et je commençais à aimer la chose. C’était comme un jeu, chaque soir pareil et pourtant différent, jamais je ne pouvais savoir si ça allait bien marcher ou pas. Roger m’avait donné de précieux conseils. Par exemple, quand la personne qui en voulait un, de programme, demandait : « C’est combien ? » il fallait dire : « Je le paie 5 francs », au lieu d’annoncer le prix d’un seul coup ; comme cela, la plupart en donnaient  toujours un peu plus…le pourboire, quoi ! Le petit quart d’heure d’entracte était la folie, tout le monde voulait se faire servir avant l’autre. Mais peu à peu j’ai appris les petites ficelles du métier et je m’en sortais pas mal, en fin de compte. Quand le spectacle a repris, fallait faire la vaisselle ; c’était aussi le moment où les comédiens qui avait quelques minutes de libre devant eux, venaient boire leur coup. On discutait, on plaisantait, des liens d’amitié se tissaient. Il y avait Jean Yanne, déjà grande gueule et très drôle, tout à fait inconnu à l’époque. Il y avait aussi Daniel Prévot qui débutait. Il adorait raconter des histoires et déjà écrivait des petites chansonnettes dans le genre absurde (genre qu’allait cultiver plus tard Bobby Lapointe et d’autres). Il m’en est resté une dans la mémoire, ça s’appelait : « Le pain noir » : « A baver d’faim, En plein Paris, Ils étaient six, En plein Paris, Six pour un pain, en plein Paris, Un pains rassis, En plein Paris… !  Comme il était noir, Comme il était noir, Ils ne voulur’nt pas le manger, Car nos six homm’s, bien qu’affamés, Etaient racistes ! étaient racistes ! Ils en mourur’ent, pour un pain noir, Pour un pain dur, Sacré pain noir !  Moralité : quand on a faim, On r’gard’ pas la couleur du pain… ! »

            Après « Un certain Monsieur Blot », il y a eu « Du vent dans les branches de Sassafras » avec Michel Simon, excuser du peu ! Et puis un soir, le 9 décembre 1962, à la première du « Timide au Palais » de Tirso de Molina, avec Marlène Jobert et Jean-Louis Trintignant, mise en scène toujours par René Dupuis, la maman de ma fille qui m’aidait parfois, a eu, juste à la fin de l’entracte, ses premières douleurs et il a fallu aller dare-dare à la clinique, à Boulogne-Billancourt où l’accouchement eut lieu le lendemain à l’aube…

            Peu après, je devais rentrer à la RTF, comme « auxiliaire de recherche » et dorénavant je cessai d’inciter les gens à  «  Demander le programme… Le programme de la soirée… Demander le Programme… ! »

 

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S
J'ai tenté, lors de mon dernier séjour à Paris, de retrouver le théâtre en question: je n'y suis pas parvenue.
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J
Quelle mémoire précise ! Beau souvenir pour moi aussi, cher frangin, qui m'a initié au "beau métier" de machiniste pendant mes vacances scolaires, en 1963, ainsi que, plus tard, à celui de barman...<br /> <br /> Il fallait presque connaître par coeur les répliques, au moins celles qui précédaient les fameux changements...<br /> Deux choses m'ont marqué : la première, ce fut d'apprendre de faire un véritable noeud marin. En effet, lors d'un des changements, il fallait hisser, grâce à une grosse corde, un praticable, dans le fond de la scène, qui devait bien peser 30 ou 40 kg. et il ne fallait pas que cela puisse tomber sur la tête de quelqu'un qui passerait en dessous : d'où la nécessité de bien assurer le noeud! L'autre chose, c'est la réplique de mme Blot à son mari : "Mon chéri, maintenant que nous sommes riches, nous ne pouvons plus voyager ensemble dans le même avion; mais, rassure-toi, si l'un de nous deux meurt,...je me retirerai à la campagne..."
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J
Kedves testvérem,nagyon tetszik ez a történet,különösen,hogy ott jàtszodik a rue de Gramont és a Bd des Italiens sarkàn,ahol én zongoràzom,éppen szemben,immàr 14 éve.Azota ez a hely nem szinhàz,hanem egy kellemes café,ahol jol ismernek,miutàn munkàba menés elött megiszom itt a pohàrka aperitifemet.<br /> Gondoltam,engeselmeddel kinyomtatomezt a kis iràst és megmutatom a Gramont café fönökének,aki bizonyàra fog örülni a történetnek<br /> Tovàbbra is maradok hü olvasod,üdv Csepregi Joska
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