Conte candide
(Miracle dans un cimetière juif)
Dans la capitale d’un grand pays un jour naquit un garçon. Le père de sa maman fut un marabout pieux et doux. Saint homme, il fit un rêve, décida de quitter son village et venir dans cette grande ville où les esprits lui désignèrent sa future épouse. Elle lui donna une fille qui devint sa joie unique. Mais la mère, mécontente de la condition de cet homme pauvre comme Job, lui enleva la petite, quand celle-ci eut 6 ans et suivit son séducteur un peu mieux loti. Le marabout en mourut de chagrin. Sa fille grandit et à 14 ans elle se sauva de la maison, parce que le séducteur voulait abuser d’elle. Sans abri, elle vivait d’expédients, ballottée au gré du vent, jusqu’au jour où elle rencontra Ashkénaze.
Fils d’un rabbin, Ashkénaze eut sa bar-mitsvah. A la mort de son père, tué dans un pogrome perpétré à la synagogue d’un bourg de la lointaine Russie, il prit la route et, juif errant, marchait des années durant vers des cieux plus cléments. Une fois sur place, un parent éloigné lui procura un emploi d’ homme à tout faire dans un cimetière juif. En balayant au milieu des tombes il découvrit, un jour, à l’aube, une jeune fille dormant sur une dalle de pierre. Il la recueillit et l’installa chez lui, dans son modeste logis sous le toit d’un bâtiment haut perché, surmontant le cimetière de ses 10 étages. Ce pied à terre fut attribué à Ashkénaze par la communauté juive, gérante de l’immeuble. Avec la bénédiction du chef de la communauté (le bienfaiteur d’Ashkénaze), les jeunes gens s’unirent en couple et eurent leur fils. Ashkénaze, fils de rabbin, et versé dans le judaïsme, le prénomma Homoncule. Ce mot, en hébreux biblique signifie « petit être vivant ». Le texte de ce verset sacré fut naguère fixé sur le front du « Golem » et donna vie à ce corps d’argile devenu légendaire.
Il ne put jamais être établi, pour quelle raison mystérieuse, Homoncule le nouveau-né se mit à grandir, dès le premier jour, d’une manière prodigieusement rapide. A sa naissance, quand son père lui appliqua sur le front la formule magique, c’était un très beau petit garçon, tout à fait normal sous tous les aspects. Pourtant, quelques heures après sa venue au monde, il commença à se développer de façon incompréhensible.* A telle enseigne qu’au bout de quelques jours il fallut le sortir du minuscule logis, craignant ne pouvoir le faire, plus tard, qu’au prix de démonter la toiture entière. Il fallut élargir portes et fenêtres afin de pouvoir le descendre, par la cage d’escalier pour le faire glisser, avec d’infinies précautions, dans le hall d’entrée et de là, au dehors. Par chance, un square se trouvait entre la partie derrière du bâtiment et le mur du cimetière. La Mairie de l’arrondissement fit louer un chapiteau de cirque qu’on dressa dans le périmètre du square. On y installa l’enfant qui n’avait encore que quelques semaines et qui déjà s’y trouvait un peu à l’étroit. Bientôt il fallut pratiquer une ouverture dans la partie haute, afin que « le petit » (les gens du quartier le surnommèrent déjà Gargantua) pût sortir la tête pour respirer plus librement. Par chance, on était à la belle saison et le temps fut et resta clément durant toute cette période.
Il faut noter un autre fait étrange. En dépit des inquiétudes initiales, il s’avéra très vite que Homoncule se nourrissait exclusivement d’air, sans le complément de nulle autre nourriture et sans que sa croissance stupéfiante en souffrit. (Par contre, il engloutissait des tonneaux d’eau pure qu’il n’y eut que la citerne spéciale des pompiers à pouvoir la lui fournir à satiété. Il convient d’ajouter qu’en dépit de l’état normal de ses organes biologiques, il n’éliminait les quantités prodigieuses de liquides absorbés que par les pores de son épiderme :il transpirait fort. Par ailleurs, ne prenant aucune nourriture, les difficultés d’élimination de matières fécales ne se posa pas non plus. Autrement dit, les soucis d’éventuels problèmes sanitaires redoutés restèrent sans objet).
Puis arriva l’événement que personne n’a prévu, malgré les bouleversements que cette histoire causa à la vie quotidienne des quartiers avoisinants et de l’arrondissement tout entier. Au début, « le petit » vivait en position couchée, comme il sied aux nourrissons. Plus tard, il se mit en position assise ; c’est alors qu’il a fallu découper un bout de la bâche du plafond de son refuge momentané. Et vint le jour où il se leva et là, on eût dit, un tremblement de terre ! Le chapiteau pourtant solidement fixé au sol, se souleva comme chapeau de paille, « vissé » sur la tête du bébé géant dont la figure se retrouva au niveau du 10ème étage, juste face au logis paternel, où les parents, exténués, faisaient leur sieste de la mi-journée...
Ils purent enfin se parler, sans témoins gênants. Jusque là c’était impossible, envahis qu’ils étaient par la foule des importuns. Le fiston parlant déjà couramment le Français, mais aussi l’Hébreux et le Bantoue, l’idiome de son grand père marabout, ils purent tenir un véritable « conseil de guerre » ; Homoncule était au courant de la situation menaçante : des cérémonies extraordinaires, devaient se dérouler le lendemain, en présence du Président de la République, du gouvernement et des médias, pour la retransmission mondiale en directe du miracle du cimetière juif !
Homoncule rassura ses parents apeurés et leur tint ce langage : « Ne vous inquiétez pas ! Faites vos bagages en douce et tenez-vous prêts au départ, à l’approche de minuit. Moi, je vais me rasseoir là, en bas, en faisant mine d’être très fatigué. Je remettrai le chapiteau en place comme il était, pour bien les rassurer tous. Et je ferai semblant de dormir, alors qu’en vérité je n’ai pas besoin de sommeil, pas plus que de nourriture. Quant à vous, restez à l’intérieur, reposez-vous et n’ouvrez à personne. A minuit, je me remettrai debout doucement, sans bruit ; je ferai « toc-toc » contre le carreau et je vous sortirai, toi la première, maman et toi papa, à ton tour. Je vous installerai dans le harnais que j’ai préparé sous cape pour pouvoir vous porter en toute sécurité…et puis:« hop !» à nous la liberté !... »
Ashkénaze lui demande, anxieux:«Mais comment penses-tu t’en sortir de tout ça, et avec nous, par-dessus le marché? Tu vas écraser des tas de gens sous tes pieds, provoquer des accidents graves partout!?»Avec un sourire rassurant, son fils lui répondit : « Ne t’en fais pas, père ! Depuis des jours et des jours grand-père me rend visite chaque nuit et il m’a appris comment les oiseaux se servaient de leurs ailes pour pouvoir voler… »
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* La seule explication vraisemblable fut la supposition que l’application de la formule biblique sur le front de l’enfant, au moment de sa naissance produisit un effet inattendu et quasiment miraculeux, effet qu’aucun scientifique ne put élucider