La durée de notre vie est-elle incrustée dans le Temps Absolu ?
Il y a un an, peut-être davantage, je me suis trouvé, au hasard du zapping, dans un talk-show,* que, vu l’heure tardive, les présentateurs réservent aux insomniaques ou aux couche-tard dont je suis. J’allais changer de chaîne, mais mon attention fut attirée par le visage de Jean d’Ormesson. J’ai de la sympathie pour cet homme souriant et serein, qui est tout le contraire de ces fâcheux qui parlent tant pour ne rien dire. L’écrivain académicien, lui, possède le secret de nous rendre un peu plus riches, à chaque fois qu’il prend la parole.
Là encore, son discours était saisissant. Il était en train d’expliquer que, pour lui, un des mystères des plus profonds de notre monde, un des sujets dont l’appréciation était des plus difficiles, c’était le temps. Pour lui, disait-il, c’était une notion impossible à cerner et il se sentait comme désarmé à situer ce temps, qui constitue l’ossature même de l’existence et qui sous-tend l’espace enveloppant la durée de la vie.
Une discussion s’en est suivie avec les autres participants. Continuant sur sa lancée, d’Ormesson en est arrivé à la conclusion que, incrustée dans la durée infinie du temps, notre petite vie possède une part infime de l’absolu et, à ce titre nous pouvons rêver à l’immortalité, à notre humble échelle…
Je suis tombé d’accord qu’en effet, Jean d’Ormesson était bien placé pour tenir de pareils propos. Après tout, sa qualité d’académicien l’autorisait à se croire un tout petit peu immortel, ici-bas.
L’émission terminée, je continuais mes songeries ; que sommes-nous, dans ce fleuve immense qu’est l’infini du temps ? Il y a de l’absolu dans cette infinité, tandis que notre temps à nous, dans ses limitations, ne peut être que relatif, autant dire : mortel.
Mais le Temps avec Majuscule, est-il Absolu vraiment ? Puisqu'il a dû avoir un commencement ; et si c’est vrai, alors il doit avoir une fin aussi, sûrement ; ça le priverait de ses prérogatives exagérées…Est-ce que cela aurait une incidence sur la durée de notre vie, incrustée dans le Temps Absolu ?
J’étais tout près, j’en avais l’intime conviction, de résoudre un problème existentiel majeur. Malheureusement, à cet instant précis, je me suis endormi. J’ai privé l’humanité d’une découverte fabuleuse.
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*ne me croyez pas anglomane : ces mots sont admis par le Robert, j’ai vérifié.