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PDG de mon coeur (chapitre 2 - suite)

        Mon départ à la retraite est provoqué par une coïncidence. En 1989, le mur, celui de Berlin, est démoli. C’est tout à fait inattendu et inespéré. Les régimes communistes s’effondrent, les uns après les autres, alors qu’on les croyait inamovibles, installés pour des siècles. D’autre part, à 56 ans, je me sens encore valide, à peine entamé par l’âge. Et voilà que la perspective d’un retour possible en Hongrie, mon pays natal, s’ouvre devant moi. Et, chose la plus importante : parallèlement apparaît la possibilité d’une préretraite avantageuse, offerte par l’Etat à ceux de la fonction publique (ou assimilés, comme c’est mon cas). On se débarrasse de ces encombrants, par ce biais commode et pratique. Tant mieux, cela signifie pour moi  une solution idéale: on m’offre ma liberté, assortie d’une viatique qui assurera ma subsistance. Banco ! je n’ai qu’à attendre encore un an et, à 57 « berges » et demie c’est la « quille », youpi ! De toute manière, ayant travaillé à la télévision publique depuis (plus ou moins) 1959, et y ayant gravé les échelons depuis les plus bas (auxiliaire de recherche) jusqu’aux postes un peu plus importants (chargé de production et cadre, par conséquent), j’en ai, je l'avoue, un peu « marre » des activités que j’exerce, ça me sort par les yeux, comme on dit. Alors je saisis la perche qui m’est tendue. Mais je ne voudrais surtout pas avoir l’air de …. cracher  dans la soupe. Parce que j’ai eu cette chance, aujourd’hui incroyable et inimaginable, d’être resté employé sans discontinuer, dans la même entreprise, (au CDI : contrat à durée indéterminée), pendant une trentaine d'années !

        Ainsi, à  partir de 1991, je commence à faire la « navette » entre Paris et Budapest. Enfin, début 93, je touche le gros lot: je rencontre ma Shàri. Sarah, ce prénom biblique est d’une importance formidable dans ma vie. Ma mère s’appelait Shàri également, c'est dire. Je suis certain que je lui dois ce cadeau superbe, qui couronne mon existence.

        Alors débute une période suprêmement importante dans ma vie. Bien sûr, je reste fidèle à ma destinée. Notre relation à nous deux, pour ce qui concerne son aspect formel, est aussi biscornue que fut toute mon existence jusqu'ici, pour un observateur extérieur. Shàri est mariée, mère d’une fille de 25 ans et aura très vite une petite fille qu’elle devra prendre en charge entièrement, la sienne en étant totalement incapable. En outre, Shàri est obligée de s’occuper de ses parents âgés qui vivent à la campagne, dans une pauvreté qui est celle de tous les laissés-pour-compte du glorieux régime socialiste : autrement dit, dans une situation dramatique et inimaginable par les standards occidentaux. (Une petite donnée authentique, pour illustrer la chose : la somme de leurs retraites mensuelles conjuguées, d’anciens travailleurs agricoles, dans une coopérative du genre kolkhoze, n’atteignaient pas, dans les années 1990, les 10 $ - dix dollars US !). Et, en dehors de ses parents, il y a,  par-dessus le marché, son mari, petit retraité (sa retraite équivaut à une centaine de dollars US par mois) et sa belle mère, sans ressource aucune. Elle doit faire vivre tout ce petit monde. Et tout ça se passe en Transylvanie, province millénaire hongroise amputée du pays d’origine, en 1920, aux termes du Traité de Versailles et annexée, comme il se doit, par la Roumanie, depuis bientôt un siècle.

                                                                                      ( à suivre )

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