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PDG de mon coeur (suite)

                                       Chapitre 2

 

                            Où nous allons aborder les événements

                      qui ont précédé le véritable début de cette histoire.

 

        « Qu’est-ce que tu as ? » m’a demandé Shâri ce soir-là, où j’étais particulièrement mal en point. Je n’étais pas malade, non. Seulement, je n’étais pas en forme, mais alors pas du tout. C’était entre Noël et Nouvel An et, en dépit des grandes fêtes de fin d’année, la vie était comme arrêtée dans cette ville qui pour moi, de la capitale n’avait plus que le nom. Tous les commerces fermés, des activités quasiment nulles, il n’y avait rien d'autre à faire qu’à rester à la maison, les bras croisés, assis dans nos fauteuils, les yeux braqués sur l’écran de la télé. En conséquence, il n’y avait pas de raison pour que je fusse aussi fatigué que je l’étais.

        « Qu’est-ce que tu veux que j’aie, je n’ai rien ! » ai-je répondu, tout en sachant que ma réponse sonnait faux. Ou plutôt creux. Ou les deux à la fois. Une fatigue de plomb me clouait à mon fauteuil et ça me rendait furieux, mais ma colère n’avait pas d’objet défini. J’étais mal dans ma peau, un point c’est tout.

        « Oh, je vois bien que ça va pas, toi ! », la voix de ma PDG (Petite Douceur Gentille) était tremblante, vraiment. « Tu as les lèvres livides, couleur violettes… ! » et elle me dévisageait, paniquée.

        Nous étions dans notre home lilliputien que nous appelions notre petit nid, notre minuscule demeure, cachée au creux d’un jardin, planté d’arbres de haute futaie, jardin qui nous isole du reste du monde, formant un lieu qu’on croirait situé au milieu de nulle part. Mais la réalité est beaucoup plus prosaïque. Notre rue est à un peu plus d’un kilomètre du « km 0 » du pays, c'est-à-dire en plein centre-ville de la capitale.

        Pour me faire bien comprendre, il s’agit de Budapest, la capitale de la Hongrie. (Et non pas de Bucarest, qui se trouve être la capitale de la Roumanie. Si je juge cette mise au point utile, c’est que pendant quelques dizaines d’années vécues en France, j’ai souvent entendu confondre ces deux villes, sauf le respect que je vous dois, à vous tous, qui êtes mes chers compatriotes depuis 1967, lorsque Monsieur Georges Pompidou, alors Premier Ministre, a signé le décret de ma naturalisation).

        Eh oui, vous voyez : il y a pas mal de choses à dire et à expliquer, avant d’en arriver véritablement à l’histoire de ma plastie mitrale. Ce n’est pas ma faute, je ne suis pas plus bavard qu’un autre. Mais que faire, quand il y a tellement d’événements à raconter ? Bien sûr, il faut trier dedans. C’est ce que j’essaie de faire. Mais ce n’est pas si facile qu’on croit. Voyez-vous, je suis obligé de commencer mon récit par cette soirée qu’on passait tous les deux ensemble. Oui, il y a un peu plus de six ans à cela. C’était ce soir-là où cette terrible fatigue de plomb m’est tombé dessus. C’était la première fois que cela m’est arrivé, depuis que, parti à la retraite, dix ans auparavant, je pouvais quitter Paris, pour des périodes plus ou moins longues. Avant, quand je travaillais comme tout le monde, il n’était pas question de m’absenter comme cela, bien entendu.

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