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DE LA TOQUE BLANCHE AU PIERRE AU PALAIS ROYAL

DE LA TOQUE BLANCHE AU PIERRE AU PALAIS ROYAL -Il était une fois, au pied de la Butte, un petit restaurant,  juste après les Abesses, là où la rue Lepic commence à grimper,en tournoyant,vers la place Jean—Baptiste Clément (ah, le Temps des Cerises !), qui portait fièrement, sur son enseigne, le nom : «La Toque Blanche». Au premier abord, l’endroit ne payait guère de mine mais, une fois à l’intérieur, ça changeait d’aspect. Et Bernard Dimey, qui habitait le quartier depuis des lustres et passait pour connaisseur en la matière, ne s’y trompait point; voici ce qu’il a noté de sa première visite :                                   Je me rappelle, un soir, un beau soir de dimanche

T’avais des yeux tout neufs et moi, mon complet chic.

On a poussé la porte de la Toque Blanche

A mi-chemin du ciel et de la rue Lepic.

Le Patron rigolait comme un énergumène,

Nul ne savait pourquoi… il n’en savait rien non plus ;

Et la soirée, chez lui, passa comme un poème.

Le prix qu’on a payé… je ne m’en souviens plus.

On eut beaucoup de mal à s’arrêter à boire,

On s’est fait des copains et quand sonna minuit,

C’était tellement beau qu’on n’osait pas y croire.

Une heure après… c’était notre première nuit…

Comment donc oublier ce beau soir de dimanche ?

Même si mon costume est devenu moins chic ;

Le patron pour nous deux mettra sa toque blanche,

A mi-chemin du ciel et de la rue Lepic.             (B.Dimey: La Toque Blanche)

Et qu’avait-il de si extraordinaire, ce petit resto sympa? Dimey, (devenu un habitué avec, entre autres, son ami Mouloudji), explique ça en 12 lignes, les premières lettres dévoilant le nom du Patron:
             „    R ien ne fera jamais sortir de ma mémoire

E t de mon cœur, surtout, le feu de l’amitié,

N i celui de la joie qui s’achète après boire

E t qu’on partage en deux, à chacun sa moitié.

 

G arde ce que tu es, ce que tu représentes,

A vec un peu de chance, on ne t’oubliera pas,

U n beau refrain non plus, ça va, ça vient, ça chante.

T u crois que j’écris ça pour payer mon repas ?

H onte à toi si jamais tu as de ces pensées ;

I  l en est, je sais bien, pour te raconter ça,

E n fair’ des gorges chaudes à longueur de journées.

     R ien n’y changera rien. Je ne t’oublierai pas.      (B. Dimey: René Gauthier)

Oui, c’était le „Patron”, René qui avait su  estampiller  cet endroit avec le cachet inimitable de sa personnalité, son éternelle bonne humeur et de son humour aussi, rigolard et sarcastique, constamment entre l’ironie et la dérision, ses bons mots aux tournures étranges et moqueuses, personnage riche en couleurs, habitué à cacher ses désillusions derrière des attitudes fantasques et déroutantes...

Et ne voilà-t-il pas que sa fille, la petite Manou de cette époque, qui y venait souvent voir son papa et qui a grandi depuis, pour devenir la superbe Emmanuelle d’aujourd’hui  -  ne voilà-t-il pas qu’avec son compagnon Eric, ils viennent d’ouvrir le „Pierre au Palais Royal”, endroit rapidement devenu un haut lieu de la gastronomie parisienne, dans un environnement prestigieux!

Aussi, après leur avoir rendu visite, n’ai je pas pu résister à l’envie d’écrire ces quelques lignes, à la fois pour leur souhaiter „bon vent”, tout en établissant une sorte de  filiation on ne peut plus légitime entre le passé et le présent... Les 3 lignes en gras tentent de donner, dans la mesure du possible, des spécimens de la multitude de tournures déroutantes, souvent étonnantes de la phraséologie très personnelle de René, tournures qu’il cultivait avec un bonheur et un plaisir constant. J’ose espérer que Bernard, devenu figure mythique depuis sa disparition, ainsi que Michel Célie, son éditeur musical de naguère et qui s’emploie jusqu’à ce jour de conserver et d’entretenir la mémoire du grand poète de Montmartre, j’espère, dis-je, qu’ils n’auront pas pris ombrage de cette tentative (maladroite sans doute) de rendre un hommage complémentaire à ce Grand Bonhomme...

P ourrai-je y recouvrer son souvenir en plein,

I ci ressentirai-je, du passé, le parfum

E xquis, dont la douceur demeure pure et franche,

R encontrerai-je là l’esprit d’ la «TOQUE BLANCHE» ?

R essort l’histoire à caractèr’ différentiel :

Et  Dimey  et  Moulou, sont ici, pas au ciel !

 

A llez, qu’ils aient de quoi à manger et à boire,

U n à un, levons tous, nos verres à leur gloire,

 

P our être dignes d’eux, de leurs fameuses ripailles,

A llons-nous mettre à table, goinfrons-nous vaille que vaille !

L aissons-nous y aller et gagnons la bataille… ! 

A vec toi ce n’est pas pareil,  René,  vraiment !

I ci sois-je du ciel écrasé, si je mens,

               S i j’te dis ça, c’est parc’que t’es en colère  -  souvent… 
                                                                       (Souvenirs offerts par Pierre Latzko)

Oui, gardons les dans nos souvenirs, conservons les dans notre mémoire : ils restent avec nous ainsi!

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