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PDG de mon coeur

                          PDG de mon coeur

 

 

 

                                    Chapitre 1

 

                             Où il sera énoncé un certain nombre de faits et de notions

                         afin de favoriser une meilleure compréhension de ce présent récit;

               et l’on va commencer avec une histoire, l’humour étant  le sel de la vie.

 

       

 

        «  A quel moment débute l’existence ?  »  se demandent trois doctes personnages, qui ont l’habitude de discuter ensemble de graves questions de la vie humaine. Le curé affirme que c’est l’instant de la fécondation qui détermine la chose. Le pasteur soutient que c’est la minute de la naissance qui compte. Du regard, ils interrogent le rabbin. «  Désolé de ne pas être d’accord avec vous » dit celui-ci, «  mais à mon humble avis, la vie commence le jour où le dernier enfant quitte le foyer familial et prend le chien avec lui.  »

        Blague mise à part, cela vaut la peine de réfléchir à la question.  D’autant plus qu’étant capable de situer correctement le moment du commencement, on peut tenter  de situer aussi la période où la cessation de nos activités est susceptible de survenir. Je suis sûr qu’abordant le problème sous cet angle, je capte aussitôt l’attention des actuaires au sein de nombreuses compagnies d’assurance. En effet, ces personnages  se penchent sans cesse, anxieusement et avec du zèle, sur leurs calculs de probabilités pour ce qui concerne les polices d’assurance de vie. Et ici, la notion de la durée, (de la vie, j’entends), est impérieusement et douloureusement importante, non seulement du point de vue desdites compagnies, mais surtout pour les souscripteurs des polices d’assurance. Eh oui, puisque qu’il s’agit des années qui leur reste à vivre, à ces pauvres vieux en question…

        J’ai parlé des actuaires, à l’instant mais, à vrai dire, je m’en moque pas mal, de ces gens-là. C’est mon propre cas qui me chiffonne. Je voudrais savoir où j’en suis moi-même. A l’approche des trois quarts de siècle il est légitime de se poser la question : combien il m’en reste encore à tirer, hein ? D’autant que depuis bientôt six ans je fais du  « rabiot », vu que j’ai eu une réparation du « palpitant » à cause d’un souffle au cœur bien supporté pendant une trentaine d’année et qui s’est aggravé subitement… On m’a gratifié d’une « plastie mitrale », la bien nommée (cela fait penser à la « chirurgie plastique », ça sonne chic, tout de même, quoi qu’on en dise !) Et c’est justement cette histoire que je voudrais vous raconter.

        A propos de chirurgie plastique, on sait que cette discipline est des plus coûteuses. Quant à la plastie mitrale, si elle ne revient pas aussi cher qu’un vulgaire lifting, elle n’est pas donnée non plus. J’ai posé la question, à l’époque, à mon chirurgien. Non pas parce qu’il me réclamait quoi que ce soit, non : tout ce qui touche aux problèmes cardiaques, est remboursé à 100%. Alors, qu’on arrête de déblatérer contre la Sécu, s’il vous plaît !

        En fait, ce n’est pas pour rien que j’ai entamé le problème de savoir à quel moment débutait la vie. Parce que une vie peut commencer et, d’un seul coup, s’interrompre. Et si l’on a la chance d’en revenir, ça s’appelle : une renaissance. Et j’ai eu cette chance, moi.

        Donc, la vie peut aussi recommencer. Il en résulte une nouvelle date de naissance. On fait redémarrer le compteur, en quelque sorte. Et, vu sous cet angle, je vais bientôt avoir six ans. Juste le temps de m’installer sur le banc de l’école. On peut apprendre à tout âge, pas vrai ? Et il y en a des choses à apprendre, ne serait-ce que dans le domaine cardio-vasculaire… Si, si : tenez, quand on entend dire que « l’on a l’âge de ses artères »  -  qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Il semblerait que c’est de l’état des artères que dépend tout le reste, c'est-à-dire la bonne santé et l’espérance d’une longue vie. Mais de quoi dépend l’état de ses artères ?

        Rien qu’une toute petite phrase comme ça sur de vulgaires artères peut embrouiller toute compréhension. Dans ces cas-là moi, je consulte mon Petit Robert – et qu’est-ce que j’y trouve ?  Voilà : « Locution : ‘avoir l’âge de ses artères’ », puis plus loin : « On a l’âge de ses artères : axiome de Cazalis ». D’accord, mais c’est quoi, un axiome s.v.p ? Re-Petit Robert : « Vérité indémontrable mais évidente pour quiconque en comprend le sens et considérée comme universelle. »  Trêve aux investigations, suspendons nos recherches. Contentons-nous de cette vérité évidente que, si nos artères sont en bon état, notre cœur peut fonctionner normalement, si nous ne commettons pas d’excès qui empêcheraient ce bon fonctionnement.

        Oui, mais jusqu’à quand, jusqu’à quel point cela pourra bien durer ? Hélas, on connaît la réponse : la vie est si fugace et le mal est si cruel : « très sournois, s’approchent la ride féroce, la pesante graisse, le menton triplé, le muscle avachi… » Et c’est valable non seulement pour vous autres, Mesdames… !

        C’est curieux, tout de même, cette obstination qu’on a à vouloir ignorer le temps ravageur qui passe et qui se plaît tant à faire des affronts aux beautés de toute jeunesse révolue. Combien elle est mal placée, cette obstination à nier, à ignorer tous les méfaits que les années commettent contre nous tous, transformant, déformant, défaisant nos corps qui naguère éclataient de santé, d’énergie et de joie à vivre ! Tout cet effort pour refuser l’évidence ! Tous ces produits cosmétiques pour masquer, pour retarder l’échéance, la déchéance inévitable !

        N’est-elle pas plus noble, l’attitude de l’acceptation humble de ce qui est nécessairement obligatoire ? N’est-elle pas plus raisonnable, l’attitude qui consiste à vivre pleinement chaque période de notre existence, sans chercher à échapper à notre destinée finale, sans se croire être l’exception qui ne confirme pas la règle?

        Allons, Mesdames et Messieurs, nous tous qui partageons le même destin, un peu d’humilité, voyons ! C’est tellement plus seyant !

        Et c’est tout pour ce soir, à demain !

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