Cimetière des amitiés
(Blog-notes n°63)
J’aime la brocante. L’autre jour, «aux puces» locales, je tombe sur le film d’Orson Welles: ‘Monsieur Arkadine’, en DVD. Piste son inaudible, mais images magnifiques d’un chef d’oeuvre des années ‘50. Personnage fascinant, Arkadine aime les toasts géorgiens, où chacun a sa morale. Un exemple:«La grenouille, ayant accepté de faire franchir la rivière au scorpion, se fait piquer par ce dernier au milieu de la traversée. Elle lui en fait reproche:«Tu ne sais pas nager, pourquoi as-tu fait ça? on va mourir tous les deux!» - «Que veux-tu?» lui répond celui-ci «C’était plus fort que moi, c’est mon caractère.» «Buvons donc au caractère!» Et un autre encore: «En rêve, j’ai visité un étrange cimetière. Sur les tombes figuraient des dates avec peu d’années entre naissance et mort: 2, 3, ou 4 au maximum. Est-ce un nécropole d’enfants? demandai-je. Non, ce sont des amitiés mortes qui reposent ici.» «Eh bien, buvons à l’amitié!» - J’ai découvert la portée de cette métaphore à mesure que j’avançais dans l’âge. A présent je sais combien l’amitié est précieuse et fragile. Elle exige d’être cultivée et sauvegardée, comme une fleur délicate. Elle se fâne, faute de cela, et davantage que l’amour. Je crus l’amitié masculine imperméable à l’affront du temps, indépendante des intérêts matériels, au-dessus des intrigues de la jalousie rampante, soutenue par des liens indéfectibles que rien ne peut déchirer, abritée par de remparts résistant aux bourrasques. Une attache si solide que tout devient indifférent face à son importance. Comme dans : «Les copains d’abord»de Brassens ou : «Mais, mais voir un ami pleurer» de Brel... - Néanmoins, voilà que parfois on se trompe ; ...N’est ce pas, Gérard...?