Une drôle d’infirmière
(Chroniques de voyage – Blog-notes N°62)
Décidément, il me tarde de revoir mon vieux quartier des Buttes Chaumont, reprendre mes promenades dans les allées du Parc, dont chaque recoin regorge de souvenirs qui datent près d’un demi siècle... En attendant, je dois me rendre au dispensaire pour une ordonnance: occasion de saluer la doctoresse qui me soigne, s’il le faut, lors de mes passages ici et échanger quelques phrases avec Erika, l’infirmière, pendant qu’elle enregistre la prescription. Le temps que l’ordinateur délivre l’imprimé, elle me raconte sa dernière histoire. Cette fois il s’agit d’un fonctionnaire de l’Ambassade Américaine, «un sale juif véreux» (sic), qui lui a refusé son visa (pour un emploi temporaire), faute qu’elle soit propriétaire d’un bien immobilier, cette circonstance faisant d’elle une immigrée potentielle aux yeux de l’administration. Cette femme, par ailleurs dévouée et d’une apparence agréable (proche de la cinquantaine, au corps qui devait être appétissant naguère), est frappée sans rémission par le virus du racisme, un mal dangereusement répandu à l’Est européen. Erika, le visage épanoui et souriant, reste persuadée que l’Holocauste est une invention, que l’attentat du 11 septembre n’a jamais eu lieu, que l’équipe de foot française Champion du Monde est une pure escroquerie à cause de sa couleur de peau (noire), que les Francs Maçons sont à l’origine de tous les maux de la Terre et elle n’ira à Jérusalem que lorsque cette ville sera habitée exclusivement de Palestiniens. A part cela, elle sera là pour vous aider, si vous êtes dans le pétrin: vous saurez ainsi que les vrais habitants de la Hongrie sont des gens de valeur qui n’ont pas besoin d'aller quémander des visas, pour s’expatrier outre-mer...