Ville de mon adolescence, Tu te laisses aller !
(Blog-notes N°36 Chroniques d’un voyage)
Une Ville est une créature vivante. Son devoir est d’attirer, capter, séduire, en grande coquette. Affriolante, elle doit plaire. La comparer avec la Femme est flagrant: pour éviter qu’on la quitte, Ville et Femme ont le devoir d’user de leur séduction pour retenir ceux qu’Elles ont conquis. C’est une lutte de tous les instants, une bataille qui n’en finit jamais. Heureusement, se maintenir en beauté est simple et peu coûteux: la volonté de rester propre, soigné, d’apparence agréable. Là est le secret des mariages heureux et durables. Mais je quitte la métaphore pour m’adresser, les yeux dans les yeux, à cette «personne en danger», Ville/Femme que j’aimais avec la passion de mes 15 ans, pour lui dire: «Budapest (*) capitale de mon adolescence, tu te laisses aller! Toi, que la Nature a si généreusement pourvu de beautés, du Danube qui caresse les pieds de tes collines, enlace tendrement l’île Marguerite, ce joyau superbe, rafraîchit le bois enchanteur du Mont Gellért…(**) Eh bien, ces merveilles sont laissées à l’abandon, arbres et plantes, dans tes espaces vertes, ébouriffés à la diable, faute de soins et d’élagage, tes trottoirs écornés et sales, tes immeubles aux façades mal fagotées, faute d’entretien, tes chaussées aux innombrables nids de poule, les mauvaises herbes envahissant tes trottoirs: ne t’aperçois-tu pas que tu es défigurée presque irrémédiablement?! Que tes jeunes commencent à te déserter, pour aller sous des cieux plus accueillants ? Ressaisis-toi, ma ville que j’ai tant aimée, secoue-toi une bonne fois, chasse donc cette malédiction qui te tient entre ses griffes, redeviens la «Perle du Danube» que tu fus autrefois, et je te dirai, avec les paroles d’Aznavour: «J’aimerais que tout contre mon cœur tu te laisses aller, tu te laisses aller…!»
* Prononciation correcte: «BOUDAPECHTE» (pour éviter la consonance de ‘peste’)
**Prononcez: «Guellérte» (St Gellért, missionnaire martyre précipité dans le fleuve du haut de cette colline)