« Le Magicien Ose ?! »
(Blog-notes du jour N° 29)
La première fois que j’ai regardé la TELEVISION, c’était en 1952, à Moscou. J’étudiai la Mise en Scène à l’Université. Cette année la Comédie Française vint en tournée jouant « Le Bourgeois Gentilhomme », entre autre. Le spectacle fut retransmis en direct à la télévision. J’ai pu admirer, sans savoir leurs noms, Louis Seigner, Marie Sabouret, Robert Hirsch, Jean Le Poulain… Magique, incroyable, stupéfiant! Un conte de fée, la huitième merveille du monde, me disais-je, sans me douter que, moins de 10 ans plus tard j’allais pouvoir faire ma vie professionnelle à la télévision naissante en France. Néanmoins, mon enthousiasme changea rapidement en désenchantement à l’égard de ce phénomène dont j’ai cru naïvement qu’il pouvait changer le destin culturel de l’humanité. J’ai compris que ce moyen de transmission d’informations, d’idées et de savoir, n’est pas destiné à devenir un levier du niveau culturel des masses. Politique et économie en font un outil de domination, l’utilisent pour conditionner, transformer les gens en troupeau où l’individu est dissous en un ensemble docile et gouvernable. Pris en charge dès la petite enfance, on réduit au néant le temps qui pourrait être consacré à l’épanouissement personnel, à l’élargissement de l’horizon individuel, qui assurerait un bien-être décent et un niveau de vie convenable. Confiante aux promesses qu’on leur fait miroiter sans cesse, la majorité, affalée la vie durant devant le petit écran, attend benoîtement que ces rêves deviennent réalité. Mais si, par miracle, elle parvenait à se glisser derrière les coulisses, elle découvrirait, au fond de la salle des commandes, un vulgaire bonhomme qui manipule une tripotée de manivelles, sans arriver à faire fonctionner la machinerie correctement. Il se prétend être le grand Magicien d’Oz, mais il n’est, en fin de compte, qu’un tout petit Magicien qui Ose… Oui le Magicien Ose nous tourner en bourrique !