J’ai commencé à « jogger », dans les années ’70, pour mieux mettre à profit la pause déjeuner. Dans le complexe télé où je travaillais, la cantine ouvrait de 11h30 à 2h30. On était un millier et les repas perturbaient un peu le rythme du travail. Le centre faisait« campagne», entouré d’anciens vergers, à une quinzaine de kilomètres de Paris. Cadre, j’avais la liberté de m'organiser à ma guise et je me suis mis à la course à pied pendant une partie de la pause déjeuner. Mon médecin traitant m’approuvait. La cinquantaine s’approchant j’avais du poids à perdre. J’ai pris goût à cet exercice et je progressais rapidement. Après un Paris–Versailles, de la Tour Eiffel au Château de Louis XIV, j’ai enchaîné:la Promenade des Anglais à Nice, la Villa Borghese à Rome, le Marathon de Barcelone…Un jour ensoleillé de septembre nous tournions, dans une de ces petites vallées des Pyrénées, du côté de Massat, sur une route étroite et sinueuse au-dessus de l’Ariège. Peu à peu rétrécissant, cela devenait un large sentier et ne menant nulle part, finissait en terre pleine au bout d’une montée, donnant accès à des pâturages pour des troupeaux de moutons. Nous étions six en tout et, vu le temps, tous torse nu. Le réalisateur tournait des images muettes avec le caméraman. Les autres, prenaient leur bain de soleil. Moi, j’en ai profité pour effectuer quelques foulées le long de l’herbage à montée abrupte. Un pâtre aux allures de patriarche, assis sur un éperon rocheux à un jet de pierre plus loin, m’a demandé ce que nous faisions en bas ? Après mes explications, il a conclu, en hochant la tête: « Un film pour la télé? Hé ben, à vous voir d’ici, c’est pas tellement plus difficile à faire, qu’à regarder...!»