Chapitre 4 (suite)
Le rendez vous décisif obtenu
Les adieux continuent
Retour à Budapest
Les choses ont évolué. Durant mon retour du cabinet du Docteur P. avec la lettre de recommandation auprès du Professeur DG dans ma poche, la mélancolie qui me tenaillait ces derniers temps relâche quelque peu son étreinte. La douce tristesse qui accompagnait mes « adieux » à ce monde est toujours présente, mais elle est néanmoins plus obéissante et moins obsédante, moins dure à porter…
Le temps s’est radouci, les jours commencent à s’allonger de nouveau. Il fait même soleil, c’est agréable et revigorant ; mais la pâleur de ses rayons ne parvient pas à m’aveugler, à travers le pare-brise.
Avant de mettre la lettre dans la poche intérieure de ma veste, j’y ai jeté un coup d’œil. Elle est adressée à l’Unité de Chirurgie Cardiaque Adulte de l’Institut Hospitalier Jacques Cartier, Avenue du Noyer Lambert, à Massy. Je connais bien ce secteur de la banlieue sud parisienne. Mon frère Jean et ma belle-sœur y ont habité, dans les années ’60. Un de mes grands amis, Olaf, cloué depuis 15 ans déjà au fauteuil roulant à la suite d’une hémorragie cérébrale, habite à ce jour encore Massy Palaiseau où je lui ai souvent rendu visite. En outre, toujours dans les mêmes parages, à Villebon sur Yvette se trouve le Centre de Loisirs de l’ORTF d’avant 1974, où on allait régulièrement, avec mes « deux familles » successives, pendant une trentaine d’années. Il y avait tout ce qu’il fallait, là-bas, pour passer d’agréables fins de semaine : piscine, cours de tennis, terrain de foot, mini golf, un grand bout de forêt et où on pouvait faire de bonnes balades et puis bien sûr un restaurant à la fois sympathique avec de la bonne bouffe et très bon marché…
*
Cela semble un peu étrange, mais en repensant à tout cela sur la route du retour, vers le Parc des Buttes Chaumont, dans le nord est de Paris, la mauvaise humeur de ces derniers jours, le nuage écrasant de mauvais pressentiments sur mon avenir immédiat (en avais-je d’ailleurs, encore, d’avenir ?) tout ce poids que je traînais depuis tant de temps semblait battre en retraite, pour me libérer les poumons et me laisser respirer enfin et cesser de broyer du noir.
Arrivé chez moi, comme il n’était que 5 heures de l’après-midi à peine passées, je me suis dit : « Je vais essayer d’appeler cet hôpital de suite, peut-être pourrai-je obtenir un rendez-vous ? En tout cas, cela vaut la peine de me renseigner… » J’appelle donc le secrétariat. A la première sonnerie, une voix de femme, une voix agréable et jeune, me demande si elle peut m’aider ? Je me nomme, j’explique le propos de mon appel. Après m’avoir prié d’épeler mon nom de famille, elle me dit : « Vous êtes Monsieur Latzko ? » et elle enchaîne aussitôt : « Nous venons d’avoir un coup de fil du Docteur P. - … Attendez une seconde, je vous passe le Docteur D.G. qui veut vous parler ! » « Bonjour Monsieur ! Mon collègue et ami, le Docteur P. vient de m’appeler et il m’a parlé de vous. Ecoutez, je suis pris toute la semaine, mais je peux vous voir samedi prochain, à 10 h du matin, chez moi, à Paris, avenue Mozart, si cela vous convient ? »
J’observe un temps de silence, à tel point je suis sidéré. « Monsieur ! vous m’avez entendu ? Vous êtes toujours là ? » « Bien sûr, je suis là, j’ai entendu et cela me convient parfaitement, excusez-moi… ! »
« C’est parfait, je vous passe Madame Monceau, elle vous donnera toutes les indications nécessaires. Au revoir, Monsieur ! »
Après avoir terminé avec la secrétaire, j’ai raccroché le combiné et je me suis aperçu que j’avais la gorge et la bouche tellement sèche que j’ai bu deux grands verres d’eau l’un après l’autre…
(à suivre)