Chapitre 4 (suite)
Paris - Prise de rendez-vous avec le cardiologue
en Ile de France
Les adieux continuent..
Mon retour à Paris est soudain et imprévu. Les complications que cela crée me rendent la vie encore plus problématique et difficile. Trois années auparavant, de guerre lasse à cause de ses exigences répétées et impatientes, j’ai donné à mon fils, alors âgé de vingt ans, l’accord de l’héberger provisoirement dans mon deux-pièces parisien, à cause de ses différends avec sa mère chez qui il habitait. J’ai bien regretté, depuis, ma décision hâtive ; mais son installation, quoique précaire, avait établi une situation équivoque et inextricable ; ma santé déficiente m’empêchait de rétablir l’état des choses initial. J’ai commis l’erreur de m’y résigner et, par manque de fermeté, pour éviter affrontements, disputes et scènes, au lieu de le mettre dehors illico, j’ai multiplié mes absences, c'est-à-dire mes séjours en Hongrie et en Transylvanie. Il en a profité, lui, pour occuper le terrain, à telle enseigne que par moments, nous étions, Shâri et moi, pratiquement exclus de mon propre logis dont je devais pourtant supporter tous les frais, lui n’y contribuant pas d’un centime.
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Pas étonnant qu’à mon arrivée, ayant constaté, une fois de plus l’absurdité et le caractère insupportable de la situation sur place, mon état dépressif ira grandissant, au fil des jours. Les relations avec mon rejeton vont de mal en pis…
Je dois presser mes démarches cependant, je sens que le temps m’est compté. La chance vient à mon secours, j’obtiens un rendez-vous chez le Docteur P. pour le surlendemain, ce qui est exceptionnel. Cela exige normalement quinze jours, trois semaines ou davantage. Le piston de la « maman partenaire » de mon frère a fonctionné.
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Le contact avec le Docteur P. est d’emblé positif. Visiblement, je lui inspire sympathie. L’homme, un peu au-delà de la cinquantaine est nature, sans fioriture. Agréable de manières, sensible aussi, sans jamais en faire trop. Il commence par un questionnement circonstancié, qui n’a pas toujours un rapport direct avec mes problèmes cardiaques proprement dits. Soigneusement il prend des notes. Il m’adresse un regard intéressé et vif lorsque je crois utile de mentionner que j’ai couru des marathons, avec mon souffle au cœur, pendant une quinzaine d’années.
A l’issue de cet interrogatoire il procède à une
échocardiographie (qu’on appelle souvent doppler), le même que j’ai subi là-bas, mais quelle
différence tout de même! D’abord avant tout, sur le plan attitude humaine. Tout en dégageant le sérieux d’un professionnalisme sans faille, il
est amical et rassurant, ce qui n’était absolument pas le cas précédemment. Un exemple frappant à ce propos : il me donne des explications rapides et claires pendant l’examen qui est long et
méticuleux. Ainsi il m’invite à regarder, pendant qu’il les commente, les images que son installation ultra sophistiquée montre à mesure de l’avance de ses investigations. Je peux observer mon
cœur en direct et en gros plan et c’est un spectacle qui m’est offert pour la première fois.
Quand, lors de la séance en Hongrie, j’ai essayé de jeter un regard oblique et furtif en
direction de l’écran du moniteur sur lequel devaient défiler les mêmes images, j’ai dû immédiatement essuyer une réflexion acerbe, impatiente et hautement déplaisante de la doctoresse, voulant me
remettre à ma place sur le ton de « de quoi donc se mêle celui-là ?! » Il convient ici d’insister, hélas ! sur la différence
notable, selon mes observations de dilettante, entre les équipements respectifs des deux cabinets de
cardiologie, lourdement en défaveur de celui de Budapest. Là-bas, par exemple, j’ai pu constater que les moniteurs étaient en noir et blanc, alors que les images du Docteur P. – en couleur. Je ne
cherche pas cependant à vilipender la médecine hongroise en général et le Centre cardiologique « Pulzus » (pourtant un des plus importants de leur capitale) en particulier. Mais
j’affirme que la manière de traiter la « clientèle », la personne humaine que représente chaque patient, devrait et pourrait compenser, (largement), certaines imperfections dues au
manque de moyens mis à disposition des uns et des autres.
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Du reste, la polémique est inutile, voire
indécente - ce qui importe avant toute autre chose, c’est justement l’attitude humaine. J’ai déjà, à
plusieurs reprises, fait allusion à ce puéril espoir dont je me berçais bêtement, à savoir que le diagnostique français serait différent du précédent. Mais en moi-même je savais que c’était une
illusion naïve.
En effet, le verdict du Docteur P. confirme la nécessité de l’intervention chirurgicale. Avec une très grande différence, toutefois. « Oui, l’opération
est indispensable », dit-il, en ajoutant aussitôt ceci : « L’insuffisance mitrale, indiscutablement, est dans un stade avancée. Néanmoins, l’état musculaire de votre cœur n’est pas
dégradé au point qu’il faille remplacer votre valve défaillante. Ceci résulte peut-être de vos activités durables de marathonien. Cela signifie que votre cœur est réparable. Sous cet aspect-là vous êtes un cas à part. Susceptible probablement de présenter un intérêt particulier pour un de mes confrères, spécialiste
en chirurgie cardiaque. C’est un ami, par ailleurs, nous avons été à la fac ensemble. Je peux vous recommander auprès de lui, si vous êtes d’accord ? »
Emotif que je suis, singulièrement sensible dans mon état actuel dépressif, ce sont deux larmes qui donnent ma réponse à cette offre qui dépasse mes espoirs les plus audacieux…