Ton dernier regard...
(In memoriam Kemény Istvàn – Blog-notes N°58)
« Au Grand Bal des Quat’z’Arts nous n’irons
plus danser,
les vrais enterrements viennent de commencer...» *
Il arrive que tel événement nous oblige à regarder les choses en face, si jusque-là nous adoptions l’attitude d’une fausse ignorance. D’un seul coup d'un seul nous devons affronter la cruelle réalité. Ainsi, je croyais savoir ce que tu représentais pour moi. Il y a trois semaines à peine je te disais que tu étais « soutien, conseil, oracle, confident », qu'entre nous la relation « prof-potache » (**) avait perduré et renforçait nos liens d’amitié… Bien sûr, tout cela était vrai et pourtant je me trompais. Il y avait tellement de choses en plus. Ton importance dans ma vie ne pouvait se mesurer si simplement, je devrais dire: si «terre à terre». Ton départ m’ouvre les yeux. L’éloignement de ta présence physique augmente leur acuité. Je m’aperçois que l'aura de ta personne dans ma vie était et reste immense. Pour toi, j’existais vraiment. J’étais important dans tes yeux. Non seulement tu pensais: tu t’en faisais pour moi. Mon devenir ne t’était jamais indifférent. Aucun autre de mes peu nombreux amis ne se souciait de moi comme toi, tu le faisais. De cette dernière fois et pour la dernière fois, tu m’as donné ton dernier regard afin de ne pas me laisser démuni le restant de mon existence. Tu as aimé et apprécié les deux Shâri de ma vie: ma mère qui me mit au monde et celle qui m’accompagnera sur le chemin vers l’autre monde. Tu as cru en moi, en ma capacité de création. C’est le plus important des legs, le plus précieux, qui pousse à avancer jusqu’au dernier pas du grand voyage. Tu auras été un frère aîné pour moi, mon plus important guide pendant soixante années...Adieu donc mon Pichta, adieu mon Frère, adieu mon Ami !
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* Georges Brassens : « Les quat’z’arts »
** Blog-notes du 28.03.08 : « Mais, mais voir un ami qui a mal... ! »