Un pays déchiré
(Chroniques de voyage – Blog-notes N° 47)
Imaginez une villa avec un jardin superbe dans un quartier des plus chics de la capitale hongroise. Tout autour, des espaces verts à n’en plus finir. Le Paradis, en quelque sorte. Au rez-de-chaussée, un couple âgé. Au 1er, une famille de cinq personnes. C’est à côté d’eux que ma compagne acquiert un petit studio de 27 m2. A moins de 500 m de mon pied à terre. Idéal pour nous. Mais on ignore, que ‘niveau 0’ et ‘niveau 1’ sont en guerre. Ils ne se parlent pas, «communiquent» par feuilles épinglées sur un panneau du mur de la cage d’escalier. En procès, depuis des années. Les ‘vieux’ ont séparé leur part du jardin par une clôture basse, les chiens (niveau 1) pissant soit disant partout. Selon niveau 0, niveau 1 utilise trop d’eau, qu’il ne paye point. J’arrête l’inventaire des doléances, la liste est trop longue. Dès son apparition, ma compagne est sollicitée par les uns et par les autres de «choisir son camp». J’essaie de «parlementer» auprès de la vieille ‘niveau 0’ afin qu’on laisse l’élue de mon cœur en dehors de tout ça. Bien mal m’en prend, je me fais traiter de «rat puant ayant déserté le navire aux temps durs». (*) Cet exemple illustre en microscope le déchirement de ce pauvre pays qui pourrait tout avoir pour vivre heureux et apprécier les avantages qui sont les siens. Au lieu de cela, ses habitants dans leur majorité, hélas!, sont aigris, moroses, mécontents de tout, jaloux et envieux du succès des autres. Vous risquez des insultes si vous lisez, dans le bus, votre journal qui n’est pas du goût de celui assis à vos côtés. Mon Dieu, si cela était possible de mettre tout ce petit monde en «analyse», pour faire une bonne fois le ménage dans leurs têtes! Au lieu de ça, leurs politiciens de tout bord les maintiennent dans cet état d’esprit exalté qui leur permet de gouverner à leur fantaisie…
* Allusion ‘sympa’ à la Révolte de 1956, d’une personne, d’opinions visiblement favorables aux communistes.