Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

PDG de mon coeur (chapitre 3)

                               PDG de mon coeur                        (suite)

 

                                    Chapitre 3

 

                                Examens au Centre « Pulzus »

                       Confirmation de la nécessité de l’opération

                 Consultation avec  la doctoresse, mon médecin traitant

 

        Je tiens ma parole donnée. Dès le lundi 3 janvier je suis au cabinet médical de notre quartier où l’on nous soigne depuis dix ans. Shâri m’accompagne. Après m’avoir ausculté, la doctoresse est catégorique : mon insuffisance mitrale (quant à moi, je préfère l’expression : « souffle au coeur ») s’est apparemment aggravée. Je dois passer des examens cardiologiques complets. J’essaie de « l’amadouer », je lui explique que je vie avec mon souffle au coeur depuis 25 ans (ce qui est parfaitement vrai) et dont le diagnostique avait toujours été : « insuffisance mitrale, bien supportée ». J’ai fait la course à pied pendant quinze ans, je suis devenu marathonien ; tout ça prouve que je me porte comme un charme. Elle me rétorque qu’une telle insuffisance suit son cours, évolue, et toujours dans le mauvais sens. C’est à dire qu’à un moment donné une intervention chirurgicale est inévitable. «  De quelle intervention s’agirait-il ? » je lui demande. « D’une opération à coeur ouvert. » me répond-elle, « De nos jours c’est devenu banal, pour ainsi dire... » elle essaie  me rassurer, assez maladroitement. « Et en quoi consiste cette intervention ? »  « C’est simple : on vous enlève la partie abîmée de votre coeur, on vous la remplace par un prothèse en matière plastique et vous continuerez une vie pratiquement normale ». Moi, tenace : « Cela veut dire quoi, ‘pratiquement’ ? » Elle ne se laisse pas démonter : « Eh bien vous devrez prendre des anti-coagulants ...» Je l’interromps au milieu de la phrase: « Pendant combien de temps ? » « Evidemment, pour le reste de vos jours.» « Et c’est tout ? » Je sens que je commence à l’énerver avec mes questions, mais cela m’est indifférent. Elle conserve son calme et son sourire bienveillant : « A peu près. La seule chose, vous devrez aller aux contrôles sanguins toutes les trois semaines. » 

        Mon visage reste impassible, mais je reçois la dernière phrase comme un coup de grâce. Cette perspective me condamne pour toujours à une vie sédentaire et ça, je n’en veux pas. Mon existence ne peut pas s’accommoder de la sédentarité. Les voyages, les déplacements perpétuels sont la condition « sine qua non » pour une vie acceptable à mes yeux. Je ne peux pas et je ne veux pas me passer de Paris et de la France et cependant je suis obligé de vivre également ici, à Budapest, mais aussi en Transylvanie, pour pouvoir être un maximum de temps avec celle qui est devenue pour moi partie indispensable de ma vie. En somme, je reconnais que je suis piégé et d’une façon insoluble. Je garde le silence désormais, sauf que je me dis que je ne veux pas d’une existence pareille. A ce compte-là je préfère rester comme je suis et continuer avec ce coeur usé, mais qui fonctionne encore, tout de même. Bien sûr, je dois taire cette détermination devant tout le monde, sans exception, par-dessus tout devant Shâri.

        Les examens qu’on me fait passer au Centre « Pulzus » (le mot veut dire ‘pouls’ en Hongrois) confirment pleinement les « prédictions » de ma doctoresse. Au bout d’une longue journée d’auscultation, de vérifications et d’analyses diverses, le verdict tombe sec : intervention chirurgicale indispensable. La personne qui me met au courant du résultat, est une femme médecin, elle aussi. Voyant la tête que je fais, elle entreprend à me consoler en me disant qu’il existe une possibilité de m’implanter, à la place de ma valve mitrale défaillante, la partie correspondante d’un coeur porcin qui me garantira cinq années au moins de vie complémentaire. A l’issue de cette consolation, je sors de là en titubant et dans un tel état de prostration que les passants dans la rue doivent me prendre pour un ivrogne.

        Le soir même, longue conversation téléphonique avec Jean. Il a pu se renseigner et cela se présente bien : il y a moyen d’arranger les choses. Quand je le mets au courant des résultats des examens et du diagnostique final, il pouffe d’un tout petit rire qui me choque sur le coup, mais il se reprend aussitôt. « Non, non ! » dit-il, « ne le prends pas mal ! Tu sais, je me doutais que ça pouvait être ton coeur ; combien de fois je te mettais en garde de ne pas courir tant, tu t’en souviens, hein ? Eh bien, j’ai parlé du problème avec une de mes partenaires de bridge. C’est une dame dont le fils est cardiologue réputé et qui pourrait te recevoir et t’examiner à son tour. D’ailleurs, à ce propos, je peux t’annoncer une bonne nouvelle. Cette dame m’a affirmé que toute affection ou maladie cardiaque est prise en charge par la Sécu à 100% ! Tu peux être rassuré de ce côté ! »

        L’annonce de cette nouvelle tombe on ne peut mieux pour calmer mes inquiétudes qui allaient croissant tout au long de ces jours décisifs. Surtout après mes tribulations au Centre « Pulzus »...  Je suis méfiant pourtant. « Tu es sûr que ça concerne aussi la prise en charge des journées d’hôpital ? » « Mais voyons, bien entendu ! Tu n’auras pas à payer un centime, quelles que soient les circonstances ! »

        Je suis tellement sonné, que j’oublie de remercier mon frère, en raccrochant. Shâri, qui a suivi la conversation, me demande : « Tu vas y aller quand, à Paris ? » Ma réponse est immédiate : « Eh bien, on est mercredi, je prendrai la route samedi matin. »

        Je garde pour moi l’espoir secret que le toubib que Jean m’a dégoté infirmera le diagnostique établi qui me condamne à passer sur le billard. Je me rends compte que c’est puéril et je m’accroche à cette idée, malgré tout.

 

                                                                                      (à suivre)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Je me souviens bien de cette époque, mon frangin. Je ne pensais tout de même pas que tu allais moralement si mal. Vu de l'extérieur, cela m'apparaissait comme une évidence, la nécessité de l'opération. J'ignorais, évidemment à ce moment là les tenants et les aboutissants "techniques" de celle-ci: je pensais même, naïvement, qu'elle était devenue "banale".Je tenais surtout à ce que cette visite chez le Dr P...... réussisse à te convaincre, car sinon....
Répondre